Les morsures de serpents

La crainte des morsures de serpents est souvent une cause d'inquiétude pour les randonneurs, parfois peu habitués à la faune de l'espace champêtre.

Il convient d'abord de remettre les choses à leur place : les morsures de serpent sont, en fait, rares et les accidents graves très rares. A titre indicatif, on estime qu'il y a annuellement en France une centaine de décès consécutifs à des piqûres d'hyménoptères (guêpes frelons et abeilles ) chez des sujets allergiques à ces piqûres et une dizaine de décès par morsure de serpent. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faille pas prendre quelques précautions.

Les espèces de serpents qui nous concernent dans le sud de la France :

Nous les envisagerons d'après leur système dentaire : aglyphes, opisthoglyphes, solénoglyphes , puisque ce qui nous intéresse est leur capacité à provoquer une envenimation par leur morsure.

- Aglyphes : dépourvus de crochets venimeux
- Opisthoglyphes : crochets venimeux au fond de la bouche
- Solenoglyphes : crochets venimeux à la partie antérieure de la bouche.

1- les couleuvres :

elles peuvent être agyphes ou opisthoglyphes selon les espèces :

1-1 :Les couleuvres aglyphes :

Elles n'ont pas de crochets capables d'injecter du venin. Elles possèdent des petites dents disposées sur deux rangées. Elles ont peu ou pas de sécrétion venimeuse par les glandes parotides ( l'équivalent de nos glandes salivaires) ; si cette sécrétion venimeuse existe, elle se déverse directement dans la cavité buccale de l'animal.

Elles ne présentent pas de danger pour l'homme et les gros mammifères.

Nous pouvons rencontrer dans notre région le serpent d'Esculape (élaphe longissima) et la couleuvre de Bordeaux (coronella girondica).

Les couleuvres opisthoglyphes :

Elles ont deux rangées de petites dents avec deux crochets à l'arrière de l'arcade dentaire extérieure (grossièrement au niveau des molaires chez l'homme). Le venin s'écoule depuis la base du crochet (où arrive le canal excréteur) jusqu'à la pointe par de fins sillons creusés le long de la surface des crochets.

L'espèce la plus fréquente chez nous est la couleuvre de Montpellier (malpolon monspessulanus) .

Lorsqu'elle est surprise ou dérangée, elle attaque rarement d'emblée. Elle commence par «bluffer» : elle se dresse à la verticale comme un cobra, se gonflant, soufflant, aplatissant le corps et le cou puis attaque brusquement en projetant sa tête en avant, la gueule ouverte cherchant à mordre. La morsure peut être suivie d'envenimation si elle est située sur une zone du corps suffisamment étroite pour atteindre la partie postérieure des arcades dentaires (par exemple l'espace interdigital entre le pouce et l'index écartés)

Sa morsure n'est donc que rarement suivie d'envenimation.

Les vipères

Elles sont solénoglyphes c'est à dire qu'elles sont pourvues de deux crochets érectiles disposés à l'avant (grossièrement à l'emplacement de nos canines) de part et d'autre de deux rangées centrales de petites dents.

Les plus fréquemment rencontrées sont :

- Vipera berus au nord de la Loire
-
Vipera aspis au sud de la Loire. C'est donc elle que nous trouverons dans notre région. Elle vit de préférence sur des terrains secs et caillouteux mais on peut aussi la trouver sur les talus en bordure de près en Cerdagne. Elle est plutôt active, en été, en fin de matinée et d'après-midi. Habituellement peu agressive, calme et craintive elle fuit la présence de l'homme et mord surtout par réaction de peur et de défense

Conduite à tenir en cas de morsure de serpent

1- essayer de reconnaître et d'apprécier la réalité de la morsure

- L'absence de marques nettes de pénétration des crocs est le plus souvent associée à une morsure par serpent aglyphe (non venimeux) ou par serpent opisthoglyphe qui n'aurait pas pu faire pénétrer la zone de morsure suffisamment profondément dans sa gueule pour atteindre les crochets venimeux .

Remarque : les traces laissées par les petites dents pourraient être un élément de différenciation intéressant mais elles sont souvent mal visibles ou difficiles à interpréter .

1-2 La présence de marques nettes de pénétration des crocs évoque :

- Soit la morsure d'un serpent opisthoglyphe (la couleuvre de Montpellier) ; ce qui est possible si le lieu de morsure s'y prête, avec, dans ce cas, possibilité de pénétration de venin neurotoxique. Toutefois cette éventualité est rare

- Soit la morsure d'une vipère (dans la majorité des cas). Morsure ne veut toutefois pas dire envenimation obligatoire ; il semblerait en effet que, pour des raisons diverses, environ 30% des morsures de vipère ne soient pas suivies d'envenimation.

Le venin agit en perturbant les processus normaux de coagulation sanguine et le système cardio-vasculaire

2- que faire dans l'immédiat :

2-1 Nettoyage de la plaie avec un produit désinfectant et moussant ou, à défaut, lavage soigneux au savon et à l'eau

2-2 Installer le blessé à l'abri, au repos, réchauffer le corps et refroidir le point de morsure afin de ralentir la diffusion du venin.

LE RASSURER, LUI PARLER, NE PAS LUI DEMANDER A TOUT BOUT DE CHAMP S'IL VA BIEN CE QUI EST LE MEILLEUR MOYEN DE L'INQUIETER

2-3 Pas de traitements inutiles ou dangereux :

L'Aspivenin s'il est utile sur les piqûres d'insectes, n'a pas d'efficacité prouvée sur les morsures de serpent

L'incision ou la cautérisation de la plaie sont formellement contre-indiquées ; de même que l'injection de vaccin antivenimeux sur le terrain

L'injection d'héparine sous ses diverses formes est inutile

2-4 S'il y a eu envenimation les signes locaux vont apparaître rapidement dans les 30 à 40 minutes : la zone mordue va gonfler : œdéme local, dur, douloureux, blanchâtre au début puis plus ou moins violacé. L'absence de signes locaux au-delà de ce délai permet de penser qu'il n'y a probablement pas eu envenimation.

2-5 les signes généraux n'apparaissent en général que 4 à 6 heures après la morsure ce qui laisse le temps d'organiser l'évacuation du blessé vers un hôpital et non vers le cabinet d'un médecin qui ne dispose pas de l'équipement nécessaire pour mettre en pratique la surveillance et les traitements actuels.

2-6 Penser au retour au domicile à vérifier que la vaccination anti-tétanique est à jour

Remarque : la gravité et la précocité des signes généraux est fonction du rapport entre la quantité de venin injecté et le poids du blessé (donc plus grave chez les enfants ) ainsi que de la partie du corps où siège la morsure (truffe et babines des chiens)

Prévention :

En été éviter de randonner après 11 heures du matin dans les zones propices à l'habitat des vipères

Porter des chaussures de marche à tige montante et des vêtements amples (pantalons de type treillis militaire couvrant bien la chaussure)

Bâton de marche (permet de taper sur un fourré avant d'y introduire la main ; le bruit fera fuir une éventuelle vipère)

Ne pas introduire la main dans les fourrés, sous une pierre, dans un terrier, sous un tronc d'arbre ;

Ceci dit, vous pouvez tout de même randonner sans angoisse, ce n'est pas tous les jours que vous rencontrerez une vipère sur votre chemin ! ! !